#3 Et la tendresse bordel

Autour de moi il y a des familles, des célibataires, des couples sans enfants, des célibataires avec des enfants, des célibataires qui n’en veulent pas, d’autres qui en veulent etc… Je pense qu’on aura tous compris que je ne vit pas dans une grotte isolée au fin fond de la Bolivie.

Parler, c’est s’exposer (Quelqu’un de célèbre, quelque part , à déjà dû dire cela). Je me suis exposée tout d’abord auprès de mes meilleur(e)s ami(e)s. Certaines d’entre elles projetaient d’être maman, d’autre pas du tout, d’autres encore l’étaient déjà. J’ai perdu des gens en route. Une de mes proches m’avait confié qu’elle n’était pas tombée enceinte du premier coup, cela n’avait seulement fonctionné qu’au deuxième essai. Elle avait « vécu ce premier mois d’échec comme une fausse couche ». Par la suite je n’ai plus vue cette personne, il semblerait que mon soucis l’ait mise mal à l’aise, ayant rendu ma présence intolérable (J’imagine celles d’entre vous qui ont dû faire face à une vraie fausse couche, lire ces lignes. Coeur et amour sur vous). Ça m’a fait mal et puis c’est passé. Je ne pouvais pas me payer de luxe de chercher à comprendre ou bien de m’ofencer.

Et puis il y a les autres. Les futurs parents jusqu’aux dents qui te tendent une boite de Kleenex, te serve un verre de rouge et te font du bien. Les ami(e)s qui ne veulent pas d’enfants mais qui comprennent ta peine et te laisse essuyer ton mascara qui coule sur leur t-shirt. Les gens tout simplement qui te font un peu prendre l’air quand tu te sens prête à affronter le monde extérieur. Ce genre d’amitié crée des liens très forts.

A propos de monde extérieur, c’est fou quand même le nombre d’enfants partout dans les rues. Un seul être vous manque et la ville est peuplée de poussettes.

L’infertilité c’est un sujet de société. Alors oui c’est pas non plus tout à fait rentré dans les moeurs je vous l’accorde (Je pense aux débats PMA et GPA), mais j’ai noté que les langues se délient. Je pense notamment à l’article de Garance Dorée il y a quelques années sur son choix de ne pas poursuivre de traitements ou encore Jennifer Aniston qui s’est exprimée sur son infertilité. C’est comme si tout à coup on sortait ce vilain secret du placard. J’avoue que ce coming out m’a procuré un soulagement. Je me suis sentie soulagée que d’autres parlent parce que je me suis sentie moins seule. Entendons nous bien, je suis entourée. Je n’ai pas été seule dans mon combat (merci mes amis, ils et elles se reconnaitront), en revanche personne ne peut vraiment supporter ta peine (c’est peut-être pas plus mal).

On peut être aimée et entourée et se sentir super seule. Seule quand ton amie annonce sa grossesse, seule aux baptêmes, seule en visite à la maternité tes tulipes à la main et ton coeur atrophié, seule lors des discussions entre parents, parce qu’en vrai, tu ne sais pas de quoi ils parlent, tu ne fais pas partie de leur monde. Alors pour ce que cela vaut, que quelqu’un ayant un peu de visibilité puisse s’exprimer librement, rendre ça un peu moins tabou, ça m’a un peu fait comme si on m’avait serrée très fort et avait soulagé un peu de ma peine.

On peut se sentir très seule dans une pièce bourrée de gens qu’on aime et qui nous le rendent bien.

To be continued…